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Internet dans les métropoles africaines : le cas d’Abidjan

Yaya Ouattara, Souleymane Sadio Diallo, Kouadio Koffi Eric, Kablan N’ Da-Kanga Cléopâtre Marie-Stuart - 21 août 2007

Résumé : Le développement des nouvelles technologies de l’information a eu son point de départ en Côte d’Ivoire à partir de 1995 avec notamment l’avènement de la téléphonie mobile suivie par Internet. En 2000, on estimait à 20.000 le nombre d’utilisateurs de l’Internet. En 2003, ce nombre est passé à 300.000 avec 12 000 abonnés selon l’observatoire de l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire. Cette croissance remarquable est soutenue par 10 fournisseurs d’accès à l’Internet.

Cependant, l’on a peu d’information sur l’utilisation que les ivoiriens font de ce nouvel outil de communication. Cette étude fait le point de l’utilisation du net par la population abidjanaise âgée de 15 ans et plus. Les données ont été recueillies en 2005 par le Centre Ivoirien de Recherches Economiques et Sociales (CIRES) à Abidjan et portent sur un échantillon de 1600 ménages soit un total de 6545 individus de différentes catégories socioprofessionnelles.

Les résultats montrent que seulement 19,6% de la population abidjanaise ont accès à Internet ; 4,5 % disposent de leur propre connexion. Selon le genre, 36,7% de ceux qui disposent d’une connexion Internet sont des femmes, ce qui montre que les femmes s’intéressent à cette technologie au même titre que les hommes dans un pays où le taux d’analphabétisme féminin était de 71,5% au dernier recensement général de la population en 1998.

En s’intéressant aux usages, l’on note que la majorité (48,5%) utilise cette technologie pour la correspondance, 20,5% pour le chat, 17,9% pour des besoins professionnels etc. En terme de genre, les femmes forment la majorité (52,5%) de ceux qui utilisent le chat.

L’étude recommande de mettre en place des politiques qui incitent à la vulgarisation de l’outil Internet aussi bien dans le milieu des jeunes que des plus âgés.

1. Contexte et justification

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication (les NTIC) sont avec les biotechnologies, les innovations majeures de la fin du XXème siècle qui sont en passe de bouleverser en profondeur nos sociétés. En effet, le développement puis la fusion de l’informatique et des télécommunications et l’expansion de l’Internet ont déclenché un essor sans précédent des différentes formes de communications et un changement des conditions d’accès à l’information et au savoir, une accélération du rythme des innovations et de leur temps de diffusion et une diminution continue des coûts de production et de transaction. Ainsi, le nombre d’années nécessaires pour atteindre la barre des 50 millions d’utilisateurs est passé de 38 ans pour la radio à 13 ans pour la télévision et à 4 ans pour Internet (AFD, 2001).

Il existe actuellement un consensus sur le rôle des NTIC de façon générale et de l’Internet en particulier dans le processus de développement. Les preuves empiriques disponibles indiquent que les NTIC en général et Internet en particulier ont fortement contribué à la croissance économique de certains pays dans le monde. Par ailleurs, on estime que l’Internet peut, sous certaines conditions, contribuer à la réduction de la pauvreté, en permettant de réduire l’isolement dont sont victimes les populations en situation d’exclusion, en leur donnant les moyens de communiquer et d’accéder à l’information. Ainsi, le net peut-il constituer un outil pour faciliter l’accès aux services de base, pour améliorer les capacités d’action des collectivités de base dans le cadre de processus de décentralisation, pour aider à l’émergence de nouveaux acteurs économiques (association de producteurs,…), en leur offrant une meilleure information sur les marchés.

2. La problématique de l’Internet en Côte d’Ivoire

Consciente que l’Internet peut constituer une opportunité pour son développement économique et sociale, la Côte d’Ivoire a établi sa première connexion à Internet en 1996. Depuis cette date, on note une expansion relativement rapide des TIC notamment l’Internet dans les habitudes, les ménages et les cités urbaines. Selon les chiffres fournis par le tableau de bord social de la Côte d’Ivoire, le nombre d’abonnés à Internet a connu un taux de croissance moyen annuel de 37,35% sur la période 1999-2002. En 2003, le nombre d’utilisateurs d’Internet a atteint 300 000 personnes selon l’observatoire de l’Agence des télécommunications de Côte d’Ivoire.

Malgré cette forte croissance, le développement de l’Internet connaît néanmoins quelques contraintes techniques et financières. D’abord, on observe que les investissements en la matière ont stagné durant ces dernières années. L’Internet reste en outre, un luxe pour la plupart des foyers ivoiriens en général et abidjanais en particulier. Cela est dû à une absence de politique gouvernementale pour appuyer le développement des nouvelles technologies, malgré de nombreux séminaires organisés en vue de préparer une stratégie de développement des nouvelles technologies. De ce fait, malgré son fort potentiel économique, la Côte d’Ivoire est en retard dans le domaine des nouvelles technologies.

Le développement de l’Internet se fait à un rythme inégalitaire qui tend à creuser l’écart entre les pays développés et les pays en développement mais aussi des inégalités à l’intérieur des pays. A titre d’exemple, en 2002, la ville d’Abidjan abritait à elle seule plus de 92% des abonnées à l’Internet et 72% des serveurs (tableau 1).

Tableau 1 : Répartition des abonnées à l’Internet et des serveurs par ville au 31/12/2002

Nombre d’abonnés % abonnés Nombre de serveurs % serveurs
Abengourou 14 0,09 0 0,00
Abidjan 14275 92,97 21 72,41
Bondoukou 4 0,03 0 0,00
Bouaké 417 2,72 3 10,34
Daloa 135 0,88 1 3,45
Gagnoa 9 0,06 0 0,00
Korhogo 60 0,39 0 0,00
Man 50 0,33 0 0,00
San Pédro 300 1,95 4 13,79
Yamousoukro 90 0,59 0 0,00
Total 15354 100,00 100,00

Source : ATCI (2002)

Au-delà des contraintes techniques et les coûts d’accès prohibitifs de l’Internet en Côte d’Ivoire, le développement du réseau bute également sur le manque d’information concernant les besoins des utilisateurs. En effet, on ne dispose pratiquement pas d’informations sur le profile des utilisateurs d’Internet, les usages qu’ils en font, les besoins et leurs attentes.

3. Objectifs

L’objectif principal de cette étude est d’analyser le développement et l’usage de l’Internet dans la ville d’Abidjan.

Plus spécifiquement, il s’agira de : (i) établir un bilan du développement de l’Internet ; (ii) dresser le profil des usagers de l’Internet à Abidjan, et (iii) montrer l’usage que les abidjanais font de l’Internet.

4-Méthodologie

La méthodologie définit la source et la nature des données.

4.1 Source des données

Les données de cette étude ont été recueillies en 2005 par le CIRES à Abidjan. Elles portent sur un échantillon de 1600 ménages soit un total de 6545 individus de différentes catégories socioprofessionnelles âgés de 15 ans et plus. A ce jour c’est la seule base disponible sur le secteur.

4.2 Description des données

Les données collectées auprès des ménages comprennent les caractéristiques socioéconomiques des individus (âge, genre, nationalité, religion, niveau d’instruction, situation matrimoniale, niveau d’instruction, profession etc.) et des variables relatives à l’utilisation de Internet (fournisseur fréquence et motif d’utilisation, avis sur les services offerts par les fournisseurs etc.).

4.3 Traitement et analyse des données

Les données ont été traitées à l’aide du logiciel SPSS bien indiqué pour le traitement des données d’enquête. L’analyse se base essentiellement sur des statistiques descriptives obtenues à partir des variables ou une combinaison de variables de la base de données.

5. Présentation et analyse des résultats

A partir de la documentation disponible sur le secteur de l’Internet, nous pouvons établir un bref bilan du développement de l’Internet en Côte d’Ivoire.

5.1 Bilan du développement de l’Internet en Côte d’Ivoire

Le premier fournisseur d’accès et de services Internet est apparu en 1996 (Africaonline). Plusieurs autres vont suivre, ce sont des opérateurs ISPs (fournisseurs d’accès à Internet) qui sont présents sur le marché (AVISO, AFNET , AFRICAONLINE, COMETE, AROBASE ). Avant l’arrivée de la fibre optique sous-marine SAT3, les opérateurs d’Internet utilisaient des liaisons satellites (VSAT) pour se connecter aux noeuds Internet américain ou européens. Le nombre d’abonnés Internet était estimé à 15 000 en 1996 et le nombre d’Internautes à 70000 pour atteindre en 2005, 160 000 abonnés (Graphique 1). Certaines entreprises disposent néanmoins d’un accès à Internet a travers une ligne spécialisée (LS) ou des abonnements ADSL. La mise en place au mois de novembre 2002 d’un point d’accès Internet à haut débit par Cote d’Ivoire Télécom (Ci-telcom) a permis aux ISPs de réduire leurs coûts d’accès à Internet (ils ne payent plus l’accès par satellite pour se raccorder à un backbone européen ou américain) et de bénéficier de beaucoup plus de bande passante. En Côte d’Ivoire, le marché est dominé par l’opérateur historique Ci-telcom ancien monopoleur, filial du groupe Français Bouygues Telecom. Le secteur de l’Internet en Côte d’Ivoire est dominé par l’opérateur historique Côte d’Ivoire-telcom à travers sa filiale aviso qui détient a elle seule plus de 90 % de part de marché en 2005 [1]

Les ménages de classe moyenne en Côte d’Ivoire ne sont pas dotés d’ordinateurs, de lignes téléphonique ou d’un accès Internet, car les coûts sont encore hors de portée. La population se tourne vers les cybercafés pour bénéficier des services du Net. On estime le nombre de cybercafé sur la ville d’Abidjan est estimé à environ 700 en 2005. La téléphonie sur Internet bien qu’interdite est le service le plus demandé dans les cybercafés, car elle permet à la grande masse n’ayant pas assez de moyens d’appeler leurs parents à l’étranger à moindre coût. Les entreprises de téléphonie cellulaire et de fixes depuis 2006 rendent l’Internet accessibles a partir d’un téléphone portable ou d’un poste fixe. Cependant le coût d’accès à ces services reste encore prohibitif en comparaison aux offres des cybercafés.

Depuis 1995 les axes de la politique de développement de l’Internet en Côte d’Ivoire s’articulent autour des points suivants :
- l’accès à l’Internet, au moindre coût, pour le plus grand nombre, dans les villes comme les zones rurales, afin de diffuser le savoir et consolider l’approche participative au développement ;
- l’accès à diverses sources d’informations endogènes (informations de l’Etat destinées aux citoyens et entreprises, informations des entreprises, contenus culturels et scientifiques) et aux services (commerce électronique) ;
- l’accès très rapide, fiable et au moindre coût, à Internet pour les centres d’enseignement (télé-éducation) et les hôpitaux (télé-santé) ;
- le développement des capacités humaines dans toutes les couches de la populations, soutenu par les NTIC ;
- l’existence d’un cadre juridique et règlementaire incitant les acteurs à s’engager et à investir, et permettant l’utilisation des NTIC et la conduite des opérations du commerce électronique.

Graphique 1 : Evolution des utilisateurs de l’Internet de 1997- 2005

Source : ATCI 2006

Au plan de l’acquisition de l’information événementielle et de la satisfaction des loisirs, facteurs désormais essentiels pour nombre de personnes (intellectuels ou analphabètes), l’utilisation de l’Internet montre que l’habitant d’Abidjan ou de sa banlieue est une fois de plus privilégié. Or, dans le contexte de la société de l’information, il apparaît que les populations tendent davantage à s’implanter dans les zones qui offrent les commodités liées aux offres d’informations et de divertissements numériques. L’inégalité des citoyens face à l’accès aux moyens d’information et de communication, sous ses différentes formes, pénalise certaines villes pendant qu’elle avantage d’autres (Abidjan singulièrement). Dans le contexte actuel, la chute continue des prix du matériel informatique et la baisse des coûts des fournisseurs d’accès à l’Internet constituent une option stratégique de croissance durable pour la Côte d’Ivoire.

Mais ce contexte favorable profite-t-il aux usagers individuels de la ville d’Abidjan ? Pour y répondre, nous disposons des données d’enquête dont l’analyse permet de faire ressortir les caractéristiques générales des habitants de la ville d’Abidjan, l’accès et l’usage de l’Internet.

5.2 Caractéristiques générales des individus

La population abidjanaise (âgée de 15 ans et plus) est en majorité de nationalité ivoirienne (84%) avec 50,8% de femmes et 49,2% d’hommes. Selon le niveau d’instruction, environ 15% ne sont jamais allé à l’école (école coranique y compris). Hormis ceux-ci, la majorité a un niveau secondaire (38%) suivi du supérieur (22%) et du primaire (18%). Les autres se répartissent comme suit : 4% n’ont déclarés aucun niveau d’instruction et 3% ont un niveau coranique.

5.2 Accès à Internet

En considérant, la proportion de la population qui a accès à l’Internet, l’on ne peut pas encore affirmé que cet outil s’est véritablement démocratisé. En effet, dans la ville d’Abidjan, plus environ 80% de ses habitants n’ont pas accès à cette technologie. Parmi les causes qui pourraient expliquer cet accès limité, il faut noter l’analphabétisme, la pauvreté et dans une certaine mesure la non sensibilisation des populations. Il existe en effet des intellectuels qui n’ont pas accès à l’Internet (graphique 2).

5.2.1 Accès à Internet et niveau d’instruction

Graphique 2 : Accès à l’Internet de la population abidjanaise selon le niveau d’instruction (en %)

Quel que soit le niveau d’instruction, nos résultats indiquent que la proportion des personnes n’ayant pas accès à Internet reste dominante. Cependant, cette proportion se réduit au fur et à mesure que le niveau d’instruction s’élève. Ainsi, on observe que plus de 95% des personnes sans instruction n’ont pas accès au net contre environ 58% pour les personnes ayant effectué des études supérieures [2]. On note également que les personnes ayant reçu une formation coranique utilisent d’avantage Internet que celles ayant arrêté leur formation au niveau du primaire formel. Ce résultat s’explique par le développement et la vulgarisation de programmes informatiques en arabes qui ont contribué à inciter les usagers ayant une connaissance en arabe à s’intéresser au net.

Environ 20% de la population abidjanaise âgé de 15 ans et plus a accès à Internet. Ce qui paraît assez important dans une ville où 15% des personnes âgées de 15 ans et plus n’ont aucun niveau d’instruction et où 18% ont seulement un niveau primaire. En France, sur la même période, et pour les individus âgés de 15 ans et plus, la proportion des individus ayant accès à Internet était de 43% (Trémenbert et Julien, 2007) [3] soit plus du double du cas ivoirien. Selon le genre, l’on constate que 41,6 des femmes ont accès à Internet contre 58,4 chez les hommes, ce qui prouve que cette technologie ne sert pas les seuls avantages des hommes mais également ceux des femmes.

La majorité de ceux qui utilisent Internet l’ont à travers les cybercafés ou leur lieu de travail ; seuls 3% des enquêtés affirment posséder un abonnement personnel. Le tableau 3 ci-dessous présente la répartition des personnes qui ont accès à Internet à travers les cybercafés et leur lieu de travail selon le genre.

5.2.2 Accès à Internet et genre

Tableau 2 : Principal lieu d’accès à Internet selon le genre

Genre Cyber Lieu de travail Total
F % dans le genre 73,4% 26,6% 100,0%
F % dans le lieu d’accès à Internet 43,6% 36,7% 41,6%
M % dans le genre 67,5% 32,5% 100,0%
M % dans le lieu d’accès à Internet 56,4% 63,3% 58,4%
Total % dans le genre 69,9% 30,1% 100,0%
% dans le lieu d’accès à Internet 100,0% 100,0% 100,0%

Si l’on considère le groupe des femmes, la grande majorité (73,4%) d’entre elles a accès à Internet par les cybercafés contre 26,6% qui l’ont à partir de leur lieu de travail. Chez les hommes, la tendance est la même. Au total, environ 70% de la population a recours aux cybercafés pour avoir accès à Internet. Cette situation peut s’expliquer par le fait que l’échantillon comprend une frange de la population (15 -25 ans) qui n’est pas encore en activité soit à cause des études soit à cause d’un manque d’emploi.

5.2.3 Accès à Internet et tranche d’âge

Selon les tranches d’âge, les jeunes (15 à 25 ans) constituent la franche qui sollicite le plus l’outil internet. Cette tranche est suivie par les 31-40 ans. Les personnes les plus âgées sont aussi celles qui sollicitent moins l’Internet. Ces résultats sont similaires à ceux de Refaa (2004) qui montre qu’en Algérie, les jeunes de Biskra âgés de moins de 20 ans constituent la majorité des clients des cybercafés. Les politiques de vulgarisation de l’Internet devront prévoir une action spécifique en direction des personnes âgées qui ne s’intéressent pas assez aux nouvelles technologies de l’information et de communication.

Tableau 3 : Répartition des populations ayant accès à Internet selon les tranches d’âge

Tranches d’âge %
15 à 25 ans 47,6
26 à 30 ans 19,1
31 à 40 ans 20,6
41 à 50 ans 8,5
51 ans et plus 4,2
Total 100

5.3 Le temps passé sur Internet

L’outil Internet est réputé occupé du temps dans la vie des personnes qui y ont accès. Cela est certainement dû à la multiplicité des services offerts. A Abidjan, selon notre étude, en 2005 les abidjanais passaient environ 1,1 heure sur Internet. Selon le genre, ce sont les femmes qui passent le plus de temps sur cet outil avec 1,20 heure contre 1,03 heure pour les hommes (tableau 4).

Tableau 4 : Durée de temps sur Internet par semaine

sexe Minimum Moyenne Maximum
féminin Temps passé sur le net par semaine en heure ,05 1,20 42,00
masculin Temps passé sur le net par semaine en heure ,05 1,03 36,00

5.4 L’usage de l’Internet

L’Internet offre plusieurs services aux usagers. Les internautes abidjanais vont sur le net pour plusieurs raisons parmi lesquelles l’usage de la messagerie électronique, le chat, la lecture des journaux ou pour des raisons professionnels (publicité, achat, vente,...)

La messagerie électronique

La messagerie électronique, aussi appelée "electronic-mail" ou "e-mail" est l’outil le plus répandu dans l’Internet des entreprises ou des particuliers. C’est un service gratuit qui constitue un moyen de communication privilégié entre des personnes distantes [4]. À Abidjan, ce service est demandé par 44,4% des internautes. Ce service, par sa rapidité de transmission, est devenu un concurrent sérieux au courrier postal. Les messages envoyés sur l’Internet peuvent l’être dans le cadre professionnel ou pour des raisons privées et individuelles.

Le chat [5]

Chat est un mot anglais commun pour le verbe « discuter ». Il est exceptionnellement traduit par le terme français « tchatche » ou le verbe « tchatcher ». Il s’agit d’un système de discussion en temps réel qui présente parfois des similarités avec le courrier électronique mais dont l’immédiateté fait toute la force (Roumazeilles, 2006). Par ordre d’importance, le chat mobilise 18,7% des internautes abidjanais juste après la messagerie électronique et avant les raisons professionnelles évoquées par 16,4% des utilisateurs de l’Internet (tableau 4).

Tableau 5 : les tâches et loisirs exécutés grâce à Internet

Genre Messagerie Chat Lecture de journaux Besoin professionnel Autre Total
F % dans le genre 42,2% 23,7% 4,0% 12,5% 17,6% 100,0%
F % dans l’échantillon 39,5% 52,5% 30,5% 31,6% 49,1% 41,6%
M % dans le genre 46,0% 15,2% 6,5% 19,2% 13,0% 100,0%
M % dans l’échantillon 60,5% 47,5% 69,5% 68,4% 50,9% 58,4%
Total % dans le genre 44,4% 18,7% 5,5% 16,4% 14,9% 100,0%
% dans l’échantillon 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

Le Chat qui occupe 18,7% des utilisateurs du net est principalement le fait des célibataires (72,3%) et des non déclarés (13,4%). Les mariés s’occupent peu de ce service Internet (tableau 7). Les ivoiriens chercheraient-ils leurs futurs conjoints sur le net ?

Tableau 7 : statut matrimonial et raison de l’utilisation de l’Internet

Utilisation du Net marié(e) union libre célibataire divorcé(e) veuf(ve) non déclarés
envoi de message % ligne 17,3% 15,7% 58,5% ,6% 1,3% 6,7% 100,0%
% colonne 44,4% 44,4% 44,4% 50,0% 75,0% 41,6% 44,4%
chat % ligne 6,9% 7,4% 72,3% 13,4% 100,0%
% colonne 7,5% 8,9% 23,1% 35,1% 18,7%
lecture de journaux % ligne 18,6% 18,6% 54,2% 1,7% 1,7% 5,1% 100,0%
% colonne 5,9% 6,5% 5,1% 16,7% 12,5% 3,9% 5,5%
besoin professionnel % ligne 27,7% 20,3% 48,0% ,6% ,6% 2,8% 100,0%
% colonne 26,2% 21,3% 13,5% 16,7% 12,5% 6,5% 16,4%
autre % ligne 18,6% 19,9% 54,7% ,6% 6,2% 100,0%
% colonne 16,0% 18,9% 13,9% 16,7% 13,0% 14,9%
Total % ligne 17,3% 15,7% 58,5% ,6% ,7% 7,1% 100,0%
% colonne 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

6. Conclusions et recommandations

Les enjeux de la fracture numérique nationale résident dans la façon globale dont les Technologies de l’Information et de la Communication sont en train de bouleverser progressivement le mode de construction du développement socioéconomique. En fait, le développement des TIC et l’usage de l’Internet vont de paire dans la lutte contre les disparités spatiales, économiques ou sociales. Ainsi, une société et/ou une économie à forte teneur d’information, crée ses dynamismes et réalités sous formes d’indicateurs inédits sur l’orientation à apporter aux politiques actuelles du développement.

Aussi, notre réflexion sur la question du développement et de l’usage de l’Internet montre la nécessité de préparer un cadre d’intervention stratégique dans l’utilisation efficiente de l’Internet.

En termes de recommandations, nous pourrons retenir ces quelques orientations qui doivent former un tout harmonieux avec la politique de développement d’ensemble du secteur des TIC en Côte d’Ivoire.

une démocratisation accrue de l’usage de l’Internet à travers des journées dédiées et campagnes de sensibilisation à l’intention de la population ;
une réduction des coûts de connexion et une détaxation du matériel informatique pour faciliter l’accès au matériel de base pour l’Internet ; une plus forte adhésion des populations aux enjeux de développement des TIC.

L’État doit faciliter l’adoption de technologies plus faciles d’installation et moins coûteuses pour desservir les ménages et entreprise en vu d’aider aux transactions financières, commerciales, e-commerce dans les différents secteurs d’activités ; la libéralisation complète du secteur des fournisseurs d’accès à l’Internet et l’instauration d’une véritable concurrence entre les opérateurs pour faire baisser les tarifs de communication (amélioration du cadre réglementaire et juridique) ;
La Côte d’Ivoire doit investir dans le développement des NTIC afin de ne pas être exclue de l’économie globale de l’information, étant donné que la création des richesses dépendra de ces technologies.

Références bibliographiques

AFD (2001). NTIC et développement. Note d’orientation opérationnelle du groupe de l’AFD

ATCI (2006. Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire : Panaorama des Télécommunications, édition 10

ATCI (2002). Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire : Panaorama des Télécommunications, édition 6

ATCI (2000). Plan de développement de l’infrastructure nationale de l’information et de la communication 2000 – 2005, juillet

Labarthe Fabien. Les usages du chat chez les jeunes des classes populaires : de la « prise en main » à la « mise à l’épreuve » Les étapes d’une pratique transitoire http://www.vecam.org/IMG/pdf/fabien...

Loukou A. F. (2005). Télécommunication et développement en Côte d’Ivoire à l’ère de la société de l’information et de la mondialisation ; Thèse de doctorat ; Université de Montpellier III – Paul Valéry. Un extrait de cette thèse a été publié dans le volume 2 de "Tic & Dev"

Refaa Mokrane (2004). Le fossé ou fracture numérique nord/sud : Analyse à travers les activités et les qualités des prestations des Cybercafés-Biskris (Algérie). Conférence Internationale. Faculté Jean Monnet Université Paris Sud 18-19 novembre

Roumazeilles (2006).Encyclopédie du courrier électronique et du SPAM http://www.spamanti.net/PDF/EncyclD2.pdf

Trémenbert, J., Jullien, N. (2007). L’équipement technologique des ménages français en 2006 : taux d’équipement, motivations et freins (http://www.marsouin.org/article_tex...).


[1] Voir Agence des Télécommunications de Côte d’Ivoire (2006)

[2] Les personnes sans instruction ont souvent recours au cybercafé où des personnes offrent leurs services pour l’envoie et la lecture de courriers électroniques.

[3] Noter que l’enquête française porte sur les ménages français, celle de Côte d’Ivoire porte sur les ménages de la ville d’Abidjan.

[4] Voir http://www.sciences.univ-nantes.fr/...

[5] Le chat (prononcer « tchat ») est un espace virtuel de rencontre. Il se distingue des autres outils de communication cités en ce qu’il permet une synchronisation quasi-simultanée et réciproque des échanges langagiers. Les individus sont identifiés sur les chats par un « pseudo » de leur choix et peuvent communiquer soit en participant à la conversation commune qui apparaît sur le canal central, soit en engageant une conversation privée dans un « salon » créé pour l’occasion. Labarthe (2002) http://www.vecam.org/IMG/pdf/fabien...)

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