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Le nouveau DNS Chinois

par la Société Européenne de l’Internet

- 3 novembre 2009

Depuis le 1er mars 2006, la Chine applique une réforme de son système de gestion des DNS. L’objectif officiel déclaré était de permettre aux chinois d’accéder à Internet en composant les adresses en idéogrammes, une solution confortable pour les internautes de l’Empire du Milieu qui ne maîtrisent pas cette typographie. Cette annonce fut annoncée la veille de l ’opération par un Communiqué de presse. Mais, une information parue le mardi 28 février dans la version en ligne du Quotidien du Peuple laissait déjà penser que la Chine avait décidé de lancer un nouveau suffixe national, pour s’affranchir définitivement de la gestion des noms de domaine Internet par l’ICANN et plus avant de l’emprise du gouvernement américain.

Ce schisme fut accompagné par un passage massif à la version Ipv6 d’Internet et ce dans un temps record de 6 mois.

Dès le 1er septembre 2006, le nouveau DNS chinois ne passait plus par les Serveurs DNS de l’ICANN.

L’astuce technique des autorités consistait en la création de sous-noms de domaine. Ainsi, pour les noms se terminant en « .com.cn », « .net.cn », le suffixe « .cn » n’apparaissaient plus in fine dans la fenêtre du navigateur. Le résultat fut que tout internaute chinois utilisant les idéogrammes était cantonné sur ce sous-réseau, déconnecté de la Toile, et directement contrôlé par Pékin. En tapant son adresse, l’internaute chinois arrivait donc en réalité sur une version chinoise du site en question, préalablement aspiré, vérifié et remis en ligne par les autorités.

La surveillance proprement dite du Net chinois est opérée par des dizaines de milliers d’agents qui scannent en permanence les échanges sur le territoire national. L’architecture même du réseau facilite son contrôle. A l’échelle internationale, l’Internet chinois est relié au monde par un très petit nombre de gros tuyaux faisant office de postes-frontières. Sur ces gros tuyaux ont été installés des outils de filtrage très efficaces, mis au point, notamment, par des sociétés américaines, comme VeriSign ou Cisco.

Nom de code de ce vaste chantier de sécurisation du Net : bouclier doré.

Depuis cette réforme, chaque site Internet chinois doit être référencé pour exister à l’extérieur, un « ICP number » est systématiquement inséré en bas des pages, ce lien menant au site du Ministère de l’Intérieur où l’on peut télécharger un certificat. Sans ce sésame les sites ne sont pas visibles au-delà des frontières de la Chine continentale. Seuls quelques centaines de Serveurs sont restés connectés directement à l’ancien système1, la majorité des Serveurs chinois devenaient alors « virtuels », comme ceux d’un Intranet, visibles de l’intérieur mais inaccessibles de l’extérieur.

Le tout sans passer par les serveurs DNS de l’ICANN.

Le nombre des Fournisseurs d’accès à Internet (FAI) ayant été considérablement réduit (plus besoin de gérer les échanges avec « l’extérieur ») et la population ayant enfin eu accès au réseau dans sa langue native, l’Internet chinois a développé des nouvelles formes de communication très originales (blogs qui sont aussi des annuaires, annuaires qui font office de moteurs, moteurs de recherche qui mènent à des places de marchés, systèmes astucieux de messagerie/vidéo instantanée, etc.) et explose tous les chiffres de connections.

Concernant l’usage de l’Internet, l’outil le plus utilisé est le Chat (39,7%) et les blogs (20%)... qui utilisent les applications du Web 2.0 et imitent – en idéogrammes – des succès comme YouKu (YouTube) ou TuDou (Yahoo). A noter que l’email ne représente que 3,5% des utilisations, à cause de la barrière de la langue...

Les Internet Cafés sont des lieux importants pour les échanges : les jeunes viennent y jouer aux jeux en réseau (9,3% des connections) mais avec l’organisation socioéconomique du pays il y a 10% de la population en « migrants », soit près de 140 millions, qui n’a pas l’autorisation d’avoir un accès à Internet personnel.

Les 4 moteurs de recherche mondiaux - péniblement localisés en chinois - ont fort à faire avec la concurrence écrasante de 16 moteurs et applications développés par les chinois [1].

Dans son 23e rapport publié en Février 2009, le CNNIC fait état d’une croissance très forte de l’extension en .CN qui atteint 253 millions en Juin 2008 [2] et avec une augmentation record de14 millions du nombre des d’internautes en un an (+41,9%). Le taux de pénétration de l’Internet en Chine (+22,6%) dépasse pour la première fois celui du taux d’équipement moyen mondial (+21,9%).

La nouvelle structure de DNS a également permis au gouvernement de créer autant d’extensions qu’il le souhaitait. Ce furent d’abord les suffixes .CN, .COM et .NET, puis trois grand noms de domaines destinés au réseau national : le .AC (ou .edu) pour les universités, le .GOV et le .MIL, respectivement le gouvernement, et l’armée. Il y a également eu la mise en place de 34 noms de domaines pour chacune des provinces de l’ancien Empire, chacun constitué des premières consonnes de la province (.BJ pour Beijing, .SH pour Shanghai, etc.). L’extension « .CN » est devenue totalement incontournable et fait partie du top 5 des extensions les plus demandées dans le monde.

Sans ce passage en force des autorités chinoises l’Internet chinois n’aurait pas pu bénéficier d’une telle dynamique, les solutions ICANN des Noms de domaine internationalisés (IDNs) n’ayant toujours pas abouti.

[1] Par exemple le site 3721.com qui est moteur plus un applicatif permettant de trouver des URLs en anglais à partir de mots-clés chinois

[2] Chiffres du CCNIC – publication étude JPMorgan de Janvier 2009

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