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La revue électronique

Internet et la construction de l’Etat de droit en Afrique

Intervention au colloque SDN, Fribourg, 18-22 septembre 2006

Pascal Renaud - 3 octobre 2006

Résumé : L’usage de l’internet est maintenant entré dans les meurs des pays les plus pauvres. Si le réseau ne connecte qu’une élite relativement limitée, on trouve des cybercafés dans des petites villes et des régions excentrées. Le temps n’est pourtant pas si loin où l’unique poste téléphonique donnant accès à l’international trônait sur le bureau d’un directeur contrôlant aussi le fax et le télex. En une décennie, le numérique a fait passé le nombre de personnes ayant accès à la communication internationale de quelques dizaines à des dizaines de milliers, voire plus. Le Web et le GSM font maintenant parti du paysage médiatique africain, ils accompagnent toutes les élections, révélant ou empêchant les fraudes les plus grossières, réduisant la possibilité de cacher les exactions les plus criantes...

Cette situation nouvelle en Afrique n’est pas sans similitudes avec celle qui régnait dans l’Europe du 18e siècle, celle des lumières, de l’absolutisme et de l’arbitraire. Et c’est dans cette France, sans liberté de la presse qu’ont germé les idées nouvelles qui allaient renverser l’ancien régime. Les historiens constatent que le développement de l’infrastructure postale et la multiplication des relais de communication jouera un rôle essentiel.

L’internet, imprimerie virtuelle mais surtout réseau international est sans aucun doute le grand vecteur actuel de diffusion des idées (nouvelles) dans les pays en développement. Et son efficacité est d’autant plus élevée qu’il est relayé par un ensemble de technologies plus « classiques » tels que la photocopie, la radio locale et maintenant le GSM dont l’usage explose dans tous les pays.

Cette promesse d’une informatique qui « contribue au bien être de l’humanité » est déjà ancienne. On la retrouve dans les textes qui préludent à la création par l’UNESCO du bureau international pour l’informatique dans les années 70. Et si les stratégies d’aide des pays occidentaux n’étaient pas absentes d’arrières pensées mercantiles, en diffusant les savoirs informatiques en Afrique, elles ont eu pour effet d’offrir à la jeunesse africaine, une raison d’espérer, de se passionner pour la technologie, et un moyen d’agir conforme à leur désir de modernité. Dans les pays francophones, l’IAI créée en 1970 par 11 États a attiré des jeunes étudiants brillants et joué un rôle important dans la construction d’une nouvelle élite.

Celle-ci s’est investie dans l’internet dès le début des années 90. Sa position a été conforté par le discours libéral des démocrates américains pour qui « De ces connexions résulteront des progrès économiques solides et durables (et) le renforcement des démocraties » (Al.Gore, 1994). Et ce sont aujourd’hui encore ces informaticiens devenus directeur d’institut ou d’agence de régulation, secrétaire d’État ou Ministre, qui pilotent les meilleurs projets de e-gouvernement.

Ce qui caractérise ces projets, c’est la volonté d’utiliser l’informatique pour fixer les règles - écrire le droit - de façon a à ce qu’il puisse s’appliquer dans la réalité africaine d’aujourd’hui. Il n’y a pas là de grande révolution technologique, ni de déclarations très médiatiques. Le document électronique ne promet pas l’éradication de la pauvreté. Cependant, l’objectif discret, mais poursuivi avec ténacité, n’est rien moins que de passer de l’État prédateur à l’État de droit.

Mots-clés : administration électronique, e-gouvernement, document électronique, informatique, fossé / fracture numérique, pays en développement, internet et société

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