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Francis Muguet – 1955-2009

Francis était militant d’un internet équitable. Il luttait sans relâche contre tous les monopoles et toutes les hégémonies pour faire du Net un espace de liberté, d’égalité et de solidarité. Etait-ce un rêveur ? En tout cas nous avons sacrément besoin de rêveurs de son espèce.

Nous publions ci-dessous le discours prononcé par Louis Pouzin jeudi 29 octobre 2009 avant la présentation de l’ouvrage collectif auquel il avait participé "La bataille HADOPI".

Le 3 octobre dernier Francis Muguet nous a quitté et nous nous retrouvons seuls au milieu du champ de ses batailles.

À l’École Nationale Supérieure des Techniques Avancées (ENSTA) où il est entré comme chercheur, il a d’abord passé une thèse sur la chimie de l’eau en 1992. Confronté aux difficultés pour obtenir les documents scientifiques dont il avait besoin, il est rapidement devenu un militant du libre accès aux connaissances. Ses publications des années 1995- 2000, en coopération avec l’OCDE, témoignent de ces activités.

En 2003, il délaisse la recherche académique pure pour s’investir totalement dans le Sommet Mondial sur la Société de l’Information (SMSI) et participe à la création d’un nouveau tiers-état : la Société Civile. Il joue un rôle essentiel dans la fondation de la Société Française de l’Internet (SFI) en 2008. Jusqu’à son dernier souffle il n’aura de cesse de poursuivre ce combat.

Les capacités de visionnaire de Francis le faisait monter au créneau avec une opiniâtreté qui déconcertait les mondes feutrés que nous côtoyions pour la première fois dans ce Sommet onusien. Etre certain, dès juin 2003, que le SMSI serait un tournant majeur dans la Gouvernance de l’internet et qu’il ne fallait surtout pas le rater, nous étions alors peu à le comprendre et Francis était avec nous. Lors du 1er sommet du SMSI à Genève en novembre 2003 il se battit de toutes ses forces pour que la notion de Logiciel Libre soit inscrite dans la déclaration finale du Sommet... et contre toute attente, il réussit. Pour cela il lui a fallu forcer des portes, bouleverser les calendriers, convaincre les sceptiques, faire revenir des diplomates en session, le soir... un activisme alors impensable dans ce genre de réunion.

Certes, il s’était investi dans internet au nom de la libre publication des documents scientifiques, mais, Francis était de tous les combats. Sa profonde honnêteté intellectuelle lui interdisait de fermer la porte à des sujets complexes dès qu’il avait le sentiment de pouvoir apporter quelque chose au débat. Tous les champs du savoir l’intéressaient, il a été présent dans tous les débats sur internet. A la date de son décès il était l’acteur majeur de plusieurs projets : la réponse anti-Hadopi avec l’invention du « mécénat global » et la création de la SARD, une mission auprès de l’UIT pour une mise en concurrence de l’ICANN sur la gestion du DNS, une mise en œuvre de son projet de « Classes » auprès de l’Université de Genève, des projets en gestation sur la gestion du multilinguisme dans l’internet avec ses amis de l’Unesco, de MAAYA, d’Eurolinc, et de plusieurs pays africains. Enfin, sa collaboration avec Richard Stallman sur les logiciels Libres...

Francis possédait une intelligence fine et une culture classique de très haut niveau lui permettant de discuter d’égal à égal avec politiques et décideurs de tous pays. Ses amis sont des ministres, des personnalités incontournables des réseaux, des collègues des diverses associations où il s’impliquait. Sous ses airs d’éternel adolescent il manageait avec brio un carnet d’adresse que beaucoup de lobbyistes professionnels lui enviaient. Le lien entre tous ces contacts était tissé d’une profonde humanité, d’un sens de l’amitié qu’il insufflait autour de lui. Ses appels téléphoniques tenaient du marathon, tous les sujets étaient épluchés, décortiqués. Il agaçait mais ne se départait jamais de ce rôle de trublion qui le rendait attachant et incontournable.

Cet engagement total, sans concession, lui valut de perdre son poste à l’ENSTA suite à des dénonciations calomnieuses. Mais, cet esthète à la probité morale sans défaut était au- dessus de ces bassesses et avait déjà rebondi dans d’autres lieux où cet activiste permanent était reconnu et comptait continuer ses combats. Sa mort prématurée ne lui en aura pas laissé le temps. C’est une grande perte pour ses amis, une grande perte pour internet, et une grande perte pour la France.

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