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La revue électronique

Les TIC et l’attractivité dynamique des territoires dans la problématique du développement local en Afrique

Alain Fr. Loukou - 20 octobre 2009

Résumé : Les facteurs qui concourent à l’attractivité et à la dynamique d’un territoire sont nombreux et varient suivant les époques. Les mutations enregistrées dans le fonctionnement et la structure de l’économie mondiale depuis au moins une vingtaine d’années, liées à la tertiairisation (développement accru du secteur tertiaire), à l’informatisation et à la mondialisation, ont occasionné une migration des facteurs classiques vers l’information, le savoir et les réseaux et systèmes modernes de communication. Cette situation a induit une nouvelle approche du développement dans les pays développés et émergents. Désormais la tendance est d’intégrer quasi-systématiquement les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) dans les routines de l’activité humaine ainsi que dans les stratégies de développement mises en œuvre à l’échelle nationale comme à l’échelle locale. Dans ce contexte, il importe que le continent africain s’engage lui aussi résolument dans cette tendance s’il veut impulser une dynamique forte à son processus médiocre de développement. En effet fédérés dans un ensemble cohérent avec les facteurs traditionnels de développement, ces nouveaux facteurs que sont les TIC et le savoir peuvent constituer des ressources attractives au service du progrès socioéconomique des territoires en Afrique.

Le présent article ne traite pas précisément de la question du développement local déjà très bien abordée par maints auteurs. Il s’attache plutôt à contribuer de façon spécifique à la réflexion sur les rapports entre TIC et développement local en Afrique.

Mots clés : Développement local, économie locale, mondialisation, technologies de l’Information et de la Communication (TIC), société de la connaissances, Afrique

Introduction

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Le développement, qu’il soit considéré à l’échelle nationale comme à l’échelle locale, constitue une des modalités du changement social. En tant que tel, il implique nécessairement des valeurs, des choix, des décisions, des orientations et des adaptations en fonction des circonstances et des évolutions économiques, politiques et technologiques. L’avènement des Technologies de l’Information et de la Communication, marqué par le recours intensif à l’information et au savoir dans les activités socioéconomiques est en train de modifier progressivement, mais considérablement le mode de construction du développement jadis principalement organisé autour des secteurs primaire et secondaire de l’économie. Désormais les facteurs fondamentaux de productivité, de compétitivité et d’attractivité des économies dynamiques ont migré vers les activités de réseaux et services de gestion de ressources informationnelles et de savoir dont les TIC constituent le pilier en ce début de 21ème siècle. Dans ce contexte, la problématique du développement local se pose sous un angle nouveau qui commande de tenir compte des mutations technologiques, économiques et sociales en cours ainsi que des exigences qui en découlent.

I - La problématique générale du développement local dans un contexte de globalisation des activités

I.1. La problématique du développement local

Une synthèse de différentes monographies sur le développement local offre la définition qui suit : le développement local (ou développement à la base) est une politique de développement socioéconomique appliquée à un territoire donné, et principalement menée par des acteurs locaux. Cette définition ainsi fournie, et avant d’analyser par le détail la problématique du développement local, il n’est pas inutile de porter une petite réflexion sur les notions séparées de « développement » et de « local ».

Le développement est souvent interprété comme un processus de transformation qui accompagne la croissance dans une évolution à long terme. Selon Sylvie Brunel (1997, p.15) il peut prendre une génération (trente ans ou plus). Ce processus, positif, est étroitement lié aux concepts de progrès, de modernisation et de bien-être. La transformation est d’ordre économique, social, culturel, spatial, technologique.
Quant à la notion de local, elle est plutôt axée sur l’idée de territoire, celui-ci étant le résultat d’un découpage administratif parfois arbitraire et sans correspondance avec la géographie humaine. L’échelle de pertinence d’un territoire est donc sujette à débats et polémiques. C’est pourquoi nous ne nous attarderons pas outre mesure sur cet aspect de la question qui ne ferait qu’embrouiller l’analyse.

La réflexion faite sur les notions séparées de « développement » et de « local », notons que le développement local repose sur des actions mobilisant les initiatives locales au niveau des collectivités et des habitants eux-mêmes. L’aide technique ou financière extérieure est éventuellement (sinon généralement nécessaire). La politique de développement local nécessite aussi, pour un souci d’efficacité et de réussite, un accompagnement stratégique des démarches et projets menés par et pour les territoires. L’accompagnement stratégique renvoie à une idée de définition et d’analyse des projets. Dans cette logique, la politique de développement local commande, pour les accompagnants de projets, d’élaborer ce qu’on appelle des diagnostics territoriaux [1], car très souvent les acteurs politiques locaux ignorent eux-mêmes les besoins ou les orientations en matière de développement de leurs collectivités.

Le développement local vient en complément des mesures macroéconomiques et des grands projets souvent difficiles et longs à mettre en œuvre. Les objectifs de la démarche adoptée sont à la fois économiques et sociaux, c’est-à-dire qu’ils consistent en l’amélioration des conditions de vie des populations locales.

Le développement local relève d’un principe simple, suivant lequel le développement d’un territoire ne se décrète pas de l’extérieur. Il ne peut se construire durablement que si la population et les acteurs politiques de ce territoire sont eux-mêmes porteurs d’une ambition et s’ils sont capables de se projeter dans l’avenir en s’impliquant véritablement dans leur développement. Cela suppose une réelle entente entre des hommes politiques locaux qui partagent des intérêts et enjeux communs. Le succès de tout développement local repose en grande partie sur cette forme de dynamique locale, celle-ci étant perçue comme un investissement dans la solidarité, le dialogue et la vision commune au service du progrès et du bonheur d’un territoire. Les expériences aboutis de développement local montrent en effet que plus les visions et enjeux sont partagés, plus la dynamique est renforcée dans la durée et ses effets ressentis par l’ensemble de la population concernée. Cet investissement-là est immatériel (par opposition à l’investissement matériel ou financier). Il est tout aussi important que le premier. C’est même un préalable. Dans cette logique, il convient par ailleurs de souligner cet autre principe suivant lequel ce ne sont pas nécessairement les ressources du territoire qui créent les projets viables de développement mais plutôt les projets bien élaborés qui permettent de mettre en valeur les ressources nécessaires au développement du territoire. En Afrique la réflexion classique sur les problématiques de développement n’intègre pas généralement cette dimension de la question, et l’on pense qu’il suffit simplement de disposer de ressources naturelles en abondance pour engendrer le développement. Si tel était le cas, beaucoup de pays ou de territoires en Afrique seraient très développés tant les ressources naturelles sont souvent disponibles ; ce qui, à l’observation, n’est évidemment pas le cas. Il n’y a pas d’action efficace et durable de développement qui ne soit au préalable fondée sur une réflexion et une vision stratégiques puissantes ou sur des projets bien élaborés. Ces stratégies, projets et actions, pour être dynamiques et porteurs, doivent être conçus et entrepris dans la cohésion et la durée. L’investissement immatériel comme, au demeurant, le potentiel humain, sont un préalable du développement.

Le développement local est une forme de développement qui doit inventer son modèle socioéconomique propre à travers des stratégies spécifiques. En l’occurrence des personnes ou des groupes de personnes dans une société locale doivent avoir la volonté de modifier une situation initiale, de changer les choses existantes. Cela suppose d’avoir conscience d’un problème, d’une carence. Le point de départ de cette réflexion est bien souvent provoqué par une volonté de rupture dans l’ordre habituel. Cela peut découler de différentes causes : mauvaise politique d’aménagement du territoire, marginalisation politique ou économique, changements politiques locaux, initiatives locales qui ont de la peine à s’affirmer, expérience enrichissante vécue à l’étranger, guerre civile, filière agricole sinistrée, fermeture d’une usine, etc.

Comme exemples classiques d’actions de développement local en Afrique, on peut citer :
- Les mini-infrastructures : creusement de puits, installation de panneaux solaires pour alimenter un village en électricité, création d’écoles, de centres de soins de santé, etc.
- La mise en place de micro-coopératives ou d’associations de microcrédits.
- Les initiatives de certains habitants, à titre personnel ou familial, relativement à des exploitations agricoles, commerciales, artisanales, tirant partie des ressources et du marché locaux.

Aujourd’hui, en raison de l’évolution et des mutations des besoins de la société de plus en plus orientés vers la consommation d’information, les mini-infrastructures de développement local se déclinent également en création de télécentres communautaires qui sont des lieux d’accès partagés où les populations d’une collectivité donnée peuvent avoir accès aux diverses ressources en Technologies de l’Information et de la Communication (téléphone, fax, télévision, ordinateur, Internet). Les télécentres servent de moyen pour combler le fossé numérique, pour réduire l’isolement de certaines populations. De ce fait, ils contribuent au développement économique, social et culturel en offrant aux populations l’opportunité d’accéder plus facilement aux connaissances, de s’ouvrir plus facilement au reste du monde, de créer des activités nouvelles, etc.
Si la nécessité de l’action locale apparaît évidente dans la réussite des politiques de développement à petite échelle (sens courant et non géographique), il importe toutefois de garder à l’esprit qu’à un moment où l’on parle de mondialisation, les politiques de développement ne sauraient faire oublier l’exigence d’articuler le local au global. D’où la réflexion « Agir local en pensant aux exigences de la mondialisation » [2] que nous proposons ci-dessous.

I.2. Agir local en Afrique en pensant aux exigences de la mondialisation

Agir local en Afrique en pensant aux exigences de la mondialisation vise à rappeler aux décideurs et acteurs du développement africains que la nécessité et la pertinence du développement local n’exonèrent pas leurs territoires des réalités de la mutation économique majeure qu’est la mondialisation. En clair, les actions de développement local ne doivent pas leur faire oublier le contexte de mondialisation des échanges auquel aucun territoire ne peut échapper au risque de se marginaliser. La formule « agir local » vise à mettre en évidence l’intervention indispensable de chaque élu, de chaque citoyen là où il vit, dans son intérêt et dans celui de la communauté avec laquelle il partage généralement les mêmes préoccupations, un même espace géographique, économique et culturel. La formule « penser global » vise quant à elle une forme de solidarité mondiale à un moment où le concept de village planétaire prend tout son sens, et que de ce fait un phénomène ou un problème localisé devient vite globalisé. Aussi, les actions locales, quand elles sont mises en relation avec l’idée du « penser global » suggèrent-elles la prise en compte du monde et de ses interconnexions actuelles. « Agir local » et « penser global » relèvent donc de la même dynamique qui consiste en la prise de conscience des problèmes tels que la pauvreté, les guerres civiles et certaines pandémies, spécifiquement localisés dans les pays pauvres, et des problèmes plus globaux tels que les changements climatiques, les gaz à effet de serre, le terrorisme international, la grippe A (H1N1) transfrontalière, pour ne citer que ceux-ci. D’ailleurs assez paradoxalement, la notion de territoire est mise à la mode depuis que la mondialisation a pris de l’ampleur dans les activités humaines et dans les discours des hommes politiques et des fonctionnaires internationaux. Pour la discipline géographique, par exemple, le territoire est dès lors devenu un nouveau paradigme qui analyse les faits davantage dans leur globalité. Dans tous les cas la conjugaison des deux processus est indispensable, dans la mesure où la question de l’articulation des espaces de la transformation économique, géographique et sociale qui est au cœur de la formule « penser global et agir local » valide cette nécessité. Le néologisme glocalisation [3] traduit au demeurant les exigences de la mondialisation des marchés et la nécessité des réalités et actions locales. Les gouvernants africains, parce que leur continent est celui qui est le moins en phase avec ces réalités nouvelles, ont l’urgence d’intégrer ces exigences dans leurs stratégies de développement. Par ailleurs, les réseaux de la communication en temps réel, c’est-à-dire les Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) façonnent le mode d’organisation des activités et imposent de nouveaux modèles de développement tant à l’échelle globale qu’à l’échelle locale. De sorte que les notions de global et de local apparaissent dorénavant indissociables de ces TIC.

II - La reconfiguration du système des activités socioéconomiques autour des Technologies de l’Information et de la Communication impose un nouveau modèle de développement local

La tertiairisation, c’est-à-dire le développement accru du secteur tertiaire se traduisant par la dématérialisation de plus en plus poussée de la structure économique (dans tous les secteurs d’activités), liée à l’essor et à la démocratisation des Technologies de l’Information et de Communication ; l’émergence du télétravail (quoique ce mode de travail ne soit pas encore ancré dans les pratiques professionnelles africaines) ; la quête légitime d’une meilleure qualité de vie, sont autant de réalités nouvelles qui ont fini par imposer un nouveau modèle de développement.

II.1. La structure et le fonctionnement des économies dynamiques reposent désormais sur les Technologies de l’Information et de la Communication

Selon René Mayer (1997, p.63-64) la classification des activités en trois secteurs (primaire, secondaire et tertiaire) avait introduit dans l’économie, qu’on le veuille ou non, une hiérarchie implicite dans laquelle les activités de service ne trouvaient leur justification que par l’assistance qu’elles étaient censées apporter aux secteurs qualifiés de productifs telle que l’industrie. Il fait remarquer que si cette hiérarchie était justifiée à l’époque où les grandes nations tiraient leur puissance économique des ressources de leurs sous-sols et de leurs industries naissantes, elle présente aujourd’hui un caractère non seulement dépassé mais paradoxal. On sait en effet, précise-t-il, que l’immatériel (l’information, les connaissances, le savoir, les phénomènes boursiers et monétaires) commande et conditionne la survie des industries et même de l’agriculture. La hiérarchie, poursuit-il, est donc inversée et, les services, aujourd’hui essentiellement dominés par les activités liées aux TIC, constituent le levier des économies dynamiques.

L’on remarque effectivement que les facteurs importants de productivité et de compétitivité des secteurs industriel et agricole ont migré vers la maîtrise des marchés, l’accès aux sources d’appui technique et financier, l’accès aux données physiques et géographiques (climat, sols, etc.), vers les liens avec le monde de la recherche scientifique (Recherche et Développement, R&D). Or la maîtrise de tous ces facteurs est liée à la capacité d’accéder à de l’information et de la manipuler à volonté. Ce qui suppose l’accès aux TIC qui autorisent ces processus. Par ailleurs la gestion efficace et la performance des administrations et des entreprises ; les problèmes de santé et d’éducation deviennent largement tributaires de la capacité pour les acteurs impliqués d’accéder à l’information et aux connaissances, de les traiter ou de les communiquer rapidement (sinon en temps réel). C’est donc à juste titre que l’Union Internationale des Télécommunications (UIT) note que les équipements et les services de télécommunications sont non seulement le produit de la croissance économique [4], mais aussi une condition préalable au développement. Au regard de tout cela, l’on peut bien affirmer que l’architecture et le fonctionnement de l’économie mondiale reposent dorénavant sur le couple formé par l’information et les TIC. Au-delà, il convient de noter que ce couple (ou ce complexe) confère le pouvoir [5].

Au même titre que les matières premières, le capital et le travail, l’information ainsi que les réseaux et systèmes modernes de communication qui la véhiculent sont aujourd’hui une ressource qui concourt à la production de biens et services, et donc au développement. Dans la définition des stratégies de développement local, il importe donc d’être parfaitement conscient du renversement des tendances et perspectives induit par l’avènement des TIC et de la société de l’information, ces nouveaux catalyseurs de développement. Le fait est que très souvent ces tendances sont ignorées dans les routines et pratiques du développement en Afrique. Et pourtant il suffirait parfois qu’un chercheur, un entrepreneur, un homme politique revenant chez lui après un voyage académique (colloque, congrès, etc.) ou professionnel à l’étranger partage ses expériences et ses vues sur les politiques et actions de développement observées ailleurs pour offrir de nouvelles visions et opportunités en matière de développement. À la lumière de son expérience et selon son degré de conviction, il peut aider à impulser au niveau national ou local un autre regard, un esprit critique, un désir de changement en matière de progrès. Dans cette perspective nos expériences personnelles de recherches scientifiques ainsi que les différents colloques à l’étranger auxquels nous avons eu la chance de participer nous offrent une autre vision du développement (global comme local). À savoir que l’attractivité, la compétitivité et la dynamique des territoires reposent de plus en plus sur les Technologies de l’Information et de la Communication. Ces outils constituent un facteur déterminant de redéfinition des logiques de localisation des activités économiques et des populations ici ou là ainsi que d’insufflation de nouvelles perspectives de développement aux territoires.

II.2. Les Technologies de l’Information et de la Communication peuvent constituer des facteurs de valorisation, d’attractivité et de développement des territoires en Afrique

L’attractivité d’un pays ou d’un territoire est sa capacité à attirer des opérateurs économiques et des capitaux (étrangers ou nationaux) de façon durable à des fins d’industrialisation, de modernisation, de progrès et de développement. C’est le fruit d’actions souvent entreprises dans la durée.

Certes, avant toute chose, les investisseurs recherchent un environnement politique et social paisible ; un cadre juridique des affaires favorable ; une disponibilité en ressources et en facteurs ; un environnement socioéconomique porteur. Mais compte tenu des mutations économiques et technologiques en cours, les opérateurs économiques, notamment ceux venant de l’étranger, accordent de plus en plus une importance particulière aux équipements de réseaux et services de télécommunications du pays ou du territoire concerné. En effet dans une économie de plus en plus globalisée et numérisée il est vital pour tout opérateur économique ambitieux de disposer d’infrastructures de réseaux de télécommunications performantes et fiables, indispensables pour garder, en temps réel, les relations d’affaires avec les partenaires extérieurs. Le rôle des Technologies de l’Information et de la Communication dans la construction de l’attractivité d’un pays ou d’un territoire est mesurable à deux niveaux : au niveau des facteurs diffusants et au niveau des facteurs structurants.

Le facteur diffusant (ou facteur direct) des TIC consiste en la création directe de progrès économique et d’emplois à travers les activités d’équipement, de service et de manufacture (quand ces dernières existent). On parle dans ce cas d’output, c’est-à-dire de rendement. En la matière le vaste secteur des TIC (opérateurs de téléphonie mobile et fixe, fournisseurs d’accès à l’Internet, transporteurs de données, diffuseurs de programmes audiovisuels, revendeurs de services divers, emplois intermédiaires ou annexes : informaticiens, dépanneurs, distributeurs d’équipements informatiques, acteurs informels, etc.) représente de plus en plus un véritable pourvoyeur d’emplois et de devises pour les pays et collectivités territoriales suffisamment équipés en réseaux et systèmes de communication.

Le facteur structurant (ou facteur indirect) des TIC (longtemps ignoré parce que difficilement mesurable) consiste quant à lui en la stimulation du dynamisme des autres secteurs d’activités. On parle ici d’input, car dans le cas-ci les TIC agissent comme des intrants de production. Concrètement, elles influent sur la rationalisation et la gestion de différentes activités (entreprises, services administratifs, programmes gouvernementaux de développement, vie courante des particuliers). Elles contribuent à accélérer les mutations socioéconomiques en améliorant la transmission de l’information et l’efficience globale des facteurs (modernisation, innovation, transfert de connaissances). Comme intrants stratégiques, en termes d’avantages compétitifs, elles deviennent des éléments de valorisation du territoire quand elles sont judicieusement combinées aux infrastructures classiques de développement et intégrées dans les structures économiques, institutionnelles et sociales du pays ou du territoire. Elles contribuent même à accélérer les mutations sociétales en renforçant la gouvernance démocratique au sein des territoires dans la mesure où tous les citoyens ont la possibilité d’accéder facilement à l’information productive. Au total, tous ces facteurs influent à leur tour sur la richesse et donc sur le développement national ou local.

Les TIC, envisagées comme support de développement local supposent toutefois un préalable : celui qu’elles soient utilisés de façon pertinente. L’analyse montre que cette utilisation peut être décomposée en trois étapes qui vont de leur accès à leur appropriation par les divers acteurs locaux en passant par leur intégration dans les pratiques économiques et sociales :

a) Mondialisation oblige, un territoire donné aura nécessairement besoin d’accéder convenablement aux TIC pour faciliter son ouverture sur le monde extérieur. Cette étape est caractérisée par la mise en place ou le renforcement d’infrastructures modernes de télématique.

b) Une fois les infrastructures en place, les gouvernants locaux doivent œuvrer à les faire intégrer dans les pratiques économiques des entreprises et dans les usages de l’administration et de la population du territoire en vue d’améliorer l’efficience du processus de développement. À ce stade, des blocages et résistances au changement peuvent freiner les évolutions attendues. On sait en effet qu’indépendamment des causes classiques de la fracture numérique que sont l’insuffisance des moyens techniques, le faible pouvoir d’achat des populations, les problèmes de compétences techniques, l’analphabétisme,…) il y a aussi l’absence de volonté de certaines personnes et structures à adhérer à un paradigme (en l’occurrence la société de l’information et du savoir) dont elles ne comprennent pas encore la signification et les enjeux. Ces résistances peuvent simplement découler d’une hostilité naturelle à l’innovation et au changement. L’observation montre en effet que dans toutes les sociétés et à toutes les époques de l’évolution humaine il y a parfois des individus ou des groupes qui manifestent de la résistance naturelle vis-à-vis de tout ce qui est nouveau ou dont ils ont du mal à s’approprier la compréhension ou le fonctionnement. En l’espèce, ceux-là aggravent sans le vouloir ou le savoir la fracture numérique. Cet aspect de l’analyse pose alors le problème non moins grave de la fracture de l’adhésion qui traduit l’idée de refus par une catégorie de citoyens d’adhérer à un projet global de société dont ils n’ont pas une claire perception.

c) L’étape de l’appropriation consiste en la capacité du pays ou du territoire (à travers ses entreprises, ses services administratifs et ses populations) à utiliser efficacement les TIC comme outils d’innovation, d’apport d’efficacité et de création de valeur ajoutée. Cela renvoie à des préoccupations comme la qualité des équipements mis en place, l’accès à des services évolués, les compétences individuelles, le degré d’autonomie dans l’usage. Avec l’appropriation, les TIC deviennent véritablement des outils de compétitivité, un avantage comparatif, et positionnent alors l’attractivité du pays ou de la région sur les acquis déjà capitalisés.

Au regard des mutations significatives intervenues dans le fonctionnement de l’économie et de la société contemporaines, si un élu local veut vraiment attirer ou maintenir des entreprises sur son territoire, il a franchement intérêt à éviter de se situer dans une logique d’État providence où il croirait que c’est l’État central qui doit tout penser et tout décider à sa place, assurer toutes les prestations à ses administrés et même tout faire pour attirer des entreprises dans sa localité à travers les politiques d’aménagement du territoire et de décentralisation [6]. Qu’on le veuille ou non, les territoires sont désormais dans l’obligation de se situer dans une logique de compétition entre eux. Or aujourd’hui l’un des facteurs clés de l’attractivité et de la compétitivité des territoires réside incontestablement dans les enjeux et dans les vertus des TIC. Malheureusement les élus locaux africains semblent insuffisamment sensibilisés à cette nouvelle donne. Certes, cette compétition doit se dérouler dans de bonnes conditions. Et c’est tout naturellement le rôle d’une politique nationale d’aménagement du territoire de donner à chaque territoire le maximum de chances pour garder ses entreprises et en attirer de nouvelles. En cela, la politique nationale d’aménagement du territoire conditionne la justice sociale et il est impératif que chaque pays africain définisse une politique d’aménagement du territoire forte. Mais en définitive c’est fondamentalement l’action locale qui sera le moteur du développement durable des territoires.

Une condition indispensable pour avoir une offre territoriale attractive et performante repose sur une bonne irrigation du territoire en réseaux variés de communication. Il n’y a pas de politique viable de développement local sans une politique d’infrastructures de communication. En dépit de ses nombreuses faiblesses, il faut bien reconnaître que la politique d’aménagement du territoire en Afrique a généralement bien intégré cette dimension du développement. Seulement, celle-ci a été trop longtemps fondée sur le développement du réseau routier (du reste fort peu capillarisé) au détriment des autres systèmes, notamment les télécommunications longtemps perçues comme intrinsèquement inaptes au développement. De ce point de vue, on peut bien remarquer les effets de distorsion sociale, économique et territoriale que crée la route en Afrique. Les opérateurs économiques et les populations (fonctionnaires singulièrement) ont tendance à marginaliser les territoires où il n’y a pas une bonne offre en réseaux routiers. La fracture numérique, qui est la discrimination en offre de réseaux et services innovants de TIC, risque de reproduire à l’identique ce schéma d’attitude. Pour éviter cela, la connexion aux systèmes de communication électronique les plus performants est aujourd’hui une nécessité pour les pays africains malgré leurs supposées priorités classiques. Le haut débit en données, à défaut du très haut débit, sera une des conditions nouvelles de la localisation des activités et des populations. On n’imagine pas une entreprise importante s’implanter dans une région si elle n’est pas assurée de disposer d’une connexion rapide et fiable aux systèmes de communication de données. Le haut débit facilite la gestion des activités des entreprises tout comme celles des populations et leur apporte des services utiles. De la sorte il renforce l’attractivité des territoires qui en sont équipés en créant ou en maintenant des activités et des emplois. Certains États semblent avoir compris cela qui, à travers leurs opérateurs historiques de télécommunications, se sont regroupés au sein du projet SAT3/WASC/SAFE [7] qui leur offre une bande passante conséquente. SAT3/WASC/SAFE constitue de ce fait un atout majeur dans la politique de désenclavement numérique de l’Afrique et de réduction du fossé qui le sépare des autres continents et aussi de celui qui existe en son sein propre.

D’autres opérateurs, en synergie avec les collectivités locales (si les législations nationales l’autorisent, comme c’est par exemple le cas dans l’Union Européenne) peuvent déployer des solutions alternatives peu onéreuses et souples d’installation pour apporter le haut débit dans des zones non encore couvertes. La maturation croissante des technologies rend les options technologiques et structurelles de plus en plus claires et aisées pour éviter d’installer des équipements inadaptés aux contextes locaux comme cela a souvent été le cas par le passé pour d’autres types d’infrastructures et même pour les télécommunications. La réduction des zones blanches [8] par le haut débit de flux de communications numériques devrait être l’un des objectifs partagés des différents opérateurs de télécommunications et des collectivités locales pour offrir aux acteurs économiques et à une frange importante des populations du continent l’accès à des services fiables et variés de télécommunication nécessaires à leurs besoins.

Aujourd’hui, toute planification stratégique du développement, à l’échelle nationale comme locale, serait vouée, à moyen ou à long terme, à l’échec, si elle n’intègre pas suffisamment la dimension TIC. Une des solutions globales se trouve dans le volontarisme dont voudront faire preuve les élus locaux, dans l’actualisation des concepts et projets de développement de leurs territoires et dans l’invention des modes de financement des projets qui aideront à sortir des douloureuses impasses budgétaires dans lesquelles les collectivités et même les États africains se trouvent généralement. Par ailleurs, les élus locaux doivent être fortement sensibilisés sur les enjeux de développement liés aux TIC et sur les dangers éventuels de la fracture numérique pour leurs territoires. Cela peut se faire à travers des séries de séminaires et de conférences à leur intention.

Conclusion

L’attractivité, la compétitivité et la dynamique des territoires sont devenues des enjeux déterminants de développement économique national comme local. Les exemples des pays développés et émergents nous enseignent que ces différentes caractéristiques sont désormais fortement conditionnées par le niveau d’équipement en services et réseaux numériques de télécommunications. En effet les applications urbaines et rurales des Technologies de l’Information et de la Communication dans les domaines fondamentaux du développement en font des auxiliaires précieux de nombreux champs d’activités socioéconomiques. Ces outils sont désormais indispensables pour la performance et la productivité des entreprises et des services administratifs ainsi que pour l’aménagement des territoires, leur valorisation et leur attractivité.

L’intégration des territoires à l’économie de plus en plus mondialisée dépend aussi de ces Technologies de l’Information et de la Communication, de sorte que les territoires qui en seraient longtemps privés courraient immanquablement le risque de leur marginalisation et de leur sous-développement. L’économie et la société d’aujourd’hui fonctionnent en mode réseau dont les TIC constituent en quelque sorte le pivot. Les élus locaux africains doivent être fortement sensibilisés à cette nouvelle donne dans les politiques de développement qu’ils initient. Par exemple, à travers les TIC, l’aménagement numérique [9] des territoires apparaît comme l’un des facteurs nouveaux d’attractivité et de compétitivité des territoires. Les avantages d’une politique d’aménagement numérique sont bien réels pour le développement des collectivités.

Introduire des changements dans les façons de voir et de faire le développement a toujours constitué un obstacle en Afrique tant on a en général du mal ici à se défaire des processus surannés, fossiles en dépit de leurs limites parfois avérées. A fortiori, suggérer de mener ce changement par les Technologies de l’Information et de la Communication dont nombre d’acteurs du développement local ignorent l’intérêt et les enjeux ou en sous-estiment les capacités peut constituer un réel défi. Mais le monde change vite et avec lui les voies et modèles de développement. Il est nécessaire pour les décideurs africains de s’adapter au paradigme de la société de l’information et du savoir qui rime avec Technologies de l’Information et de la Communication, au risque d’enfoncer davantage le continent dans les abîmes du sous-développement.


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Notes de bas de page

[1] Un diagnostic territorial présente les problématiques et enjeux de développement d’une collectivité donnée (région, département, ville, quartier, etc). C’est donc avant tout un recueil de données qualitatives et quantitatives pour établir un jugement. Le jugement devient la base de l’action à préparer. Les thèmes suivants peuvent être indexés dans un diagnostic territorial : logement, environnement, transports, adduction d’eau, électricité, écoles, services de santé, équipements et services de télécommunications (jadis ignorés mais aujourd’hui inévitables dans les stratégies de développement).

[2] Le slogan « Penser global, agir local » (en anglais « Think global, act local ») que nous avons inversé pour les besoins de notre étude, est dit-on de l’écologiste, agronome et biologiste américain d’origine française, René Dubos. Il l’aurait énoncé lors des travaux préparatoires du premier sommet de la Terre à Stockholm en 1972. Ce slogan est l’un des fondements de la philosophie en matière de développement durable. Il est si célèbre qu’il est devenu le leitmotiv des altermondialistes. Il a même été repris dans divers autres contextes, notamment par des firmes multinationales comme IBM ou Sony qui en ont fait des slogans marketing.

[3] D’après l’encyclopédie multilingue universelle, Wikipédia, disponible sur le web, le terme aurait été introduit dans le vocabulaire anglais par le sociologue britannique Roland Robertson. On y apprend par ailleurs que le sociologue Blaise Galland, en 1995, a utilisé le terme de « glocalisation » pour caractériser l’effet des Technologies de l’Information et de la Communication sur l’aménagement du territoire, définissant ce qui pourrait être une nouvelle phase de l’évolution urbaine comme : « Le processus double par lequel la ville se décharge de sa fonction de production, d’échange et de traitement de l’information en la déplaçant dans le cyberespace, tout en développant, conséquemment, de nouvelles formes d’organisations socio-spatiales au niveau local ».

[4] Des études de l’ODCE tendent par ailleurs à montrer que l’investissement dans les TIC serait l’un des principaux moteurs de compétitivité des entreprises, et que de ce fait les TIC seraient un facteur important de croissance économique dans les pays occidentaux et émergents.

[5] Selon le prospectiviste américain Alvin Toffler (dans son ouvrage Les nouveaux pouvoirs. Savoir, richesse et violence à la veille du 21ème siècle) les trois sources fondamentales du pouvoir sont la force, la richesse et le savoir. Il précise cependant que dans la société de l’information, la maîtrise de l’information et du savoir ainsi que des technologies de communication qui les véhiculent apparaît de plus en plus comme la source première du pouvoir, celle dont dérivent les autres sources. Toffler évoque là le rôle déterminant du savoir et des TIC en tant qu’outils d’exercice du pouvoir et de domination. Ce pouvoir et cette domination peuvent prendre plusieurs formes : économique, financière, technologique, politique, géopolitique, militaire, etc.

[6] La décentralisation (perçue comme stratégie de développement local) prônée aujourd’hui un peu partout sur le continent africain, si elle constitue un facteur d’autonomie de gestion des collectivités à travers le transfert des compétences, n’est généralement pas suivie du nécessaire transfert de ressources, ce qui en limite fort malheureusement les ambitions. Elle ne fait donc pas véritablement la promotion, en tout cas pas pour l’instant, du développement local en Afrique. Une décentralisation purement juridique et administrative ne produit que très difficilement du développement local.

[7] SAT3/WASC/SAFE (South Atlantic Telecom cable nº3/West Africa Submarine Cable/South Africa Far East) est un système de télécommunications à fibres optiques qui relie l’Europe, l’Afrique et l’Asie. Le SAT3 est la portion qui entoure la côte ouest de l’Afrique et se prolonge jusqu’à Madagascar ainsi qu’à la Réunion et à l’Île Maurice. Le câble part du Portugal et aboutit à l’Inde et à la Malaisie en passant par l’Océan Atlantique. Il est long de 29 000 km environ. L’aboutissement de ce projet, en dépit de quelques insuffisances dans le rendement au bénéfice des populations, représente un bel exemple de mutualisation réussie.

[8] Une zone blanche est un secteur géographique qui n’est pas desservi par un service de communication électronique. On distingue généralement les zones blanches pour la téléphonie mobile (zones non couvertes par les réseaux mobiles) et les zones blanches pour l’accès haut débit à l’Internet (zones non desservies par les réseaux haut débit fixes).

[9] L’aménagement numérique du territoire est le processus par lequel les acteurs publics améliorent les conditions d’accès aux ressources de la Société de l’Information et du Savoir pour la population de ce territoire. Le terme population est compris ici dans un sens large. Il fait donc à la fois référence aux particuliers, à l’administration et aux entreprises. L’administration électronique à laquelle rêvent de plus en plus maints États en Afrique passe nécessairement par l’aménagement numérique du territoire.

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TIC & développement - ISSN 2105-1070 - http://www.tic.ird.fr